TOP FILMS 2024

Cette année cinématographique était clairement placée sous le signe de la violence, du kitsch et du camp, avec une pointe de magie et d’amour fou en plus.

10. Vampire humaniste cherche suicidaire consentant, Anne Louise Seize

Cette mini-frange !

Le film d’Ariane Louis-Seize réunit beaucoup de chose que j’aime au cinéma : des vampires, des ados un peu paumé.e.s qui se cachent derrière leurs cheveux, et l’accent québeccois. Coming of age fantastique, Vampire humaniste cherche suicidaire consentant pose une question éternelle (que se passe-t-il si les vampires n’ont pas envie de tuer des gens ?) mais lui apporte une réponse assez inédite (trouver quelqu’un qui a déja envie de mourir, pardi). Porté par Sara Montpetit, qui m’avait éblouie dans Falcon Lake l’an dernier, et que l’on retrouve ici dans un personnage plus introverti et plus mystérieux, le film rend hommage à tout une esthétique nocturne et feutrée assez réjouissante, et lui offre aussi un twist assez moderne (comme le loft industriel et destroy dans lequel emménage Sasha lorsqu’elle quitte le domicile parental). Aussi drôle que touchant, c’est un film qui capture bien la pudeur et la maladresse de l’adolescence, et qui m’a touchée en plein coeur. Et cette mini-frange !

9. Dahomey, Mati Diop


Atlantique est l’un des films français qui m’a le plus marquée ces dernières années, et j’attendais avec impatience le retour de Mati Diop à la réalisation. Avec Dahomey, elle fait un pas de côté pour se rapprocher du documentaire, sans abandonner totalement la fiction non plus, et livre un film hybride et hypnotisant. Suivant un fil conducteur très précis (suivre la restitution au Bénin des oeuvres que les colonisateurs français avaient dérobées), le film donne la parole à plusieurs protagonistes inédits dans ce débat mais importants : les jeunes béninois, qui ne dominent évidemment pas la conversation côté Occident, et les oeuvres elles-mêmes. Avec un travail sur le son assez remarquable, Mati Diop rend toute leur puissance d’origine à ces dernière, et les transforme  en entités divines, étranges et puissantes, aux voix d’outre-tombe très impressionnantes. C’est l’occasion de s’intéresser de plus près à la question des patrimoines nationaux mis à mal par la colonisation, mais en écoutant cette fois-ci le récit des principaux intéressés au lieu de se laisser bercer par les discours très langue-de-bois et opportunistes des gouvernants français à ce sujet -qui n’apparaissent d’ailleurs jamais à l’écran, quel bonheur. Aussi magique, magnétique et hanté qu’Atlantique avant lui, Dahomey confirme la sensibilité poétique de Mati Diop, sa pertinence politique et son amour pour les fantômes.

8. September says , Ariane Labed

Ça fait longtemps que je suis le parcours d’Ariane Labed, actrice et activiste admirable (membre du collectif 50/50, une tribune collective contre la passivité de Cannes à l’encontre des agresseurs sexuels, co-fondatrice d’une association pour protéger les acteurices sur les tournages), et la perspective de découvrir son premier long-métrage me rendait très heureuse. J’ai adoré ce film inclassable, mi-horrifique, mi-coming of age, qui se déploie dans un univers quasi-exclusivement féminin, une sorte de cocon à la fois rassurant et potentiellement mortel. September Says s’attaque au sujet trop rarement abordé au cinéma des liens bizarres et un peu malsains qui peuvent unir les soeurs (ou les amies), lorsque la loyauté et l’amour se transforment en quelque chose d’autre, plus proche de la possessivité et du contrôle. Film dérangeant, au scénario malin et inquiétant, il m’a retournée sans ménagement et m’a tenue en haleine jusqu’au bout. 

7. The Outrun, Nora Fingscheidt

J’aime beaucoup Saoirse Ronan depuis The Lovely Bones, et je l’ai suivie avec bonheur dans toutes ses aventures cinématographiques, de Lady Bird à Little Women, en passant par ses incursions chez Wes Anderson (Ammonite, son histoire d’amour lesbienne avec Kate Winslet, est toujours sur ma watchlist). Forcément, quand j’ai vu qu’elle tenait le rôle principal dans un film où elle avait de nouveau les cheveux teints, j’ai eu y envie d’y aller. L’intensité émotionnelle de The Outrun, l’adaptation cinématographique des mémoires du même nom de la journaliste Amy Liptrot, m’a néanmoins prise de court et m’a serré la gorge sans que je m’y attende. J’ai beaucoup aimé la façon dont Nora Fingscheidt entrelace les fils narratifs de la lutte contre l’addiction (on ne parle pas assez de l’alcoolisme chez les jeunes !), de la quête intérieure et de la reconnexion avec la nature et sa mythologie. Sans verser dans l’idéalisation ou l’essentialisation des paysages, elle les filme au coeur de l’hiver, la saison intérieure de son héroïne, et retranscrit avec justesse l’amour de la narratrice originale pour la mer et le folklore de sa région d’origine. Surtout, le film laisse Rona, son héroïne, se dépêtrer dans une guérison tout sauf linéaire (ça aussi, c’était très juste). C’était une très belle histoire d’introspection et de survival, mais sans morale prémâchée, sans « si on veut, on peut », sans versant capitaliste, quoi. Saoirse Ronan habite très intensément chaque plan du film avec une présence magnétique et émouvante, et j’ai beaucoup aimé ce qu’elle faisait avec ses cheveux. Bravo et merci !

6. Love Lies Bleeding, Rose Glass

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en allant au cinéma découvrir ce film, mais je fais toujours aveuglément confiance à Kristen Stewart et j’irais voir à peu près n’importe quoi pourvu qu’elle soit dedans. Il y a quelques années, j’avais été pas mal marquée par Saint-Maud, le long métrage horrifique précédent de Rose Glass, qui parlait de fanatisme et de sacrifice d’une façon très audacieuse et novatrice. Pour moi, Love Lies Bleeding s’inscrit un peu dans cette lignée  cinématographique violente, mais en cent fois plus camp et cent fois plus gore (on flirte d’ailleurs avec l’horreur par moments, preuve que Rose Glass n’a pas totalement délaissé ses premiers amoures). Le résultat était exceptionnellement explosif. C’est un film intense, hardcore, drôle et unique en son genre, qui propose aussi un regard inédit sur le corps féminin, comme on le voit rarement à l’écran (musclé, dopé, luisant de sueur). Il assume ses ambitions délirantes jusqu’au bout, sans que jamais on ne décroche de sa proposition osée, et fait l’effet d’un fever dream assez réjouissant. Avec le recul, je le vois un peu comme le jumeau queer, white trash et banlieusard de The Substance, avec qui il partage des thématiques évidentes. Si vous avez aimez l’un, vous aimerez forcément l’autre (et dans mon cas, j’ai adoré les deux).

5. Les Reines du Drame, Alexis Langlois

Le cinéma d’Alexis Langlois me fascine depuis que j’ai découvert son court métrage De la terreur, mes soeurs, et je suis religieusement chaque nouveau film qu’elle dévoile (y compris les clips qu’elle réalise pour Eloi). J’étais forcément très excitée de découvrir son premier long métrage, au cast très prometteur et au titre alléchant. Les Reines du Drame est probablement le film le plus intense et le plus dingue que j’ai vu cette année ; il capture et amplifie très justement le glamour et la violence de la pop culture des années 2000, avec ses tabloïds, son star-system et ses lolitas broyées. On est habitué.e.s maintenant à voire l’ombre de Britney et du bimbocore y2k planer sur nos contenus, mais Alexis Langlois rend hommage à la facette française de cette esthétique, dominée chez nous par des icônes comme Priscilla, Lorie, Mylène Farmer et des émissions à la Star Academy. C’est aussi une très belle histoire d’amour, de celles qui transcendent les époques et s’étalent sur plusieurs décennies, et une très belle histoire musicale, avec une bande son au poil (pas étonnant, puisque des artistes aussi cool que Yelle, Rebeka Warrior et Louise Bsx s’y sont penchées). Résultat : un mélodrame à la fois très familier et très novateur, qui explose tous les curseurs du camp et du kitsch. J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai prié très fort pour les retrouvailles des personnages. Et, évidemment, je me suis ruée sur « Pas Touche », le tube de l’année, dès que la chanson est sortie sur les plateformes. J’ai hâte de voir ce qu’Alexis Langlois nous réserve pour la suite, alors qu’elle s’impose déja depuis quelques années comme l’une des réalisatrices les plus intéressantes et les plus importantes du paysage cinématographique français.

4. The Substance, Coralie Fargeat

The Substance était probablement l’un des films que j’attendais le plus cette année, et comme avec tous les espoirs cinématographiques nourris pendant des mois, je savais qu’il y avait un risque pour que je sois déçue. Heureusement, le long métrage de Coralie Fargeat ne m’a pas laissée tomber. Au contraire : je crois que la réalisatrice a réussi là où beaucoup ont échoué, et a su parler de sexisme et de male gaze avec une pertinence finalement assez rare aujourd’hui, dans un environnement culturel inondé de contenus pseudo-militants qui veulent à tout prix faire passer un message. La force de The Substance, c’est justement de ne pas tomber dans ce piège pédagogique, et de ne jamais se prendre au sérieux. Certes, le film n’est pas très fin, mais il est drôle, et ses moments coups de poing se passent de longs discours : les gros plans de chair féminine jusqu’à l’écoeurement, les visages luisants des hommes aux commandes, les explosions de sang… En assumant son côté too much et ultra kitsch, le film se préserve de tomber dans une réflexion pompeuse, et du coup, il fonctionne. Sans compter que Coralie Fargeat connaît ses classiques horrifiques, n’hésite pas à y aller à fond niveau clins d’oeil (The Shining, Elephant Man, The Fly…), et que c’était aussi un vrai bonheur de décortiquer ses références à l’écran. Bref, à quand l’Oscar ?

3. Riddle of Fire, Weston Razooli

J’ai toujours eu un faible pour les films à hauteur d’enfants, et avec Riddle Of Fire, je n’ai pas été déçue. J’ai adoré ce conte dans les bois, cette plongée dans un monde féérique et mystérieux. Des personnages adultes plus inquiétants se dessinent aux abords de l’histoire, mais ils ne peuvent pas vraiment faire de mal, parce que le film ne leur appartient pas ; il appartient à Petal, Alice, Hazel et Jodie (quels beaux prénoms !), les petits héros.ïnes aux allures de lutins qui peuplent les images saturées de lumière et les fourrés. Weston Razooli a réussi à créer une petite bulle de magie, de malice et d’aventures comme on en voit rarement sur grand écran, et à transposer dans le cinéma « pour les grands » quelque chose de l’univers enfantin que je pensais avoir laissé derrière moi (un club des cinq non-conservateur ? Stranger Things sans le sionisme ? Alice au Pays des Merveilles ?). Ses images sur pellicule suspendent son action dans un espace-temps qui pourrait tout aussi bien être le passé que le présent, ensoleillé et éternel, et nous invitent dans une ode joyeuse au goûter, aux jeux vidéos et aux vacances. Quel bonheur…

2. La Bête, Bertrand Bonello

C’était l’un de mes premiers coups de coeur de l’année : j’ai été complètement renversée par La Bête, qui selon mes standards personnels, est un très grand film. J’ai tout adoré : sa SF poétique, qui alterne ambiance historique et future dystopique, son scénario vertigineux, et bien évidemment, son romantisme. Quoi qu’il se passe au cinéma, je suis toujours très, très cliente de grandes histoires d’amour, où l’alchimie entre les deux acteurs est palpable, avec des obstacles, des regards qui veulent dire « je pourrais mourir pour toi » et l’envie de se retrouver dans cette vie ou dans une autre. La Bête condense tout ça avec une grande inventivité et beaucoup de délicatesse (j’étais d’ailleurs très heureuse de retrouver à l’écran l’acteur George MacKay et ses grands yeux tristes). Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu une fresque amoureuse aussi ambitieuse et grandiloquente, digne des plus grandes tragédies grecques. C’était super chouette de découvrir ce film hybride, qui mélange allègrement les genres et sort un peu des sentiers battus du cinéma d’auteur français. Et cette fin ! Bref, instant classic dans mon coeur.

1. I Saw The TV Glow, Jane Schoenbrun

La première place de ce classement revient sans hésitation à la plus grosse claque cinématographique que je me suis prise cette année : le dernier long-métrage de Jane Schoenbrun (pronoms : them/they), qui n’est malheureusement pas sorti au cinéma en France (quelle honte !) mais que vous pouvez rattraper sur pas mal de plateformes. C’est difficile d’écrire dessus, parce que j’ai ressenti mille émotions différentes au visionnage, et que j’ai l’impression que le film me hante depuis. Je l’ai vu sans rien savoir de l’intrigue et je ne peux que vous conseiller de l’aborder de cette façon, pour ressentir toute la magie et tout le suspens qu’il a à offrir. I Saw The TV Glow se balade avec une habileté remarquable entre plusieurs genres, et croise teen movie, film d’horreur et SF. C’est aussi un formidable hommage à la pop et à la fan culture, surtout celle des années 90, et à l’obsession dévorante des adolescent.e.s pour leur série (ou film, ou album) préférée -ici, on retrouve un hommage assez émouvant à Buffy, ma propre série de coeur, dont le réalisateur semble avoir cerné tout le tragique. Enfin, et je n’en dirais pas beaucoup plus, Jane Schoenbrun signe un scénario d’une grande originalité, d’une grande délicatesse et d’une grande intelligence. Hypnotisée par ses images comme les personnages sont hypnotisé.e.s par l’écran de leur téléviseur cathodique, j’ai eu peur (vraiment peur, une angoisse sourde, et ça m’arrive rarement en tant que grande consommatrice de films d’horreurs), j’ai été émerveillée, et j’ai pleuré à gros sanglots. Bonus musique : l’apparition de Phoebe Bridgers aux côtés de Sloppy Jane dans une scène hautement inquiétante, digne de Twin Peaks.

Mention spéciale aussi à : May December de Todd Haynes, Le Procès du chien de Laetitia Dosch et Sometimes I Think About Dying de Rachel Lambert.

Et vous, quels étaient vos films préférés cette année ?