Sex-positivism douteux, mauvaises blagues sur le viol, clichés amoureux… Mes déceptions de l’année (pardon aux artistes talentueux.euses qui sont parfois derrière ces oeuvres). Crédit du concept : bitchemedia.com
Drive-Away Dolls d’Etan Coen

Je ne suis pas le public cible de Drive-Away Dolls (c’est-à-dire que je ne suis pas lesbienne) et certain.e.s diront peut être que c’est là que le bat blesse, mais j’ai été extrêmement cringée par le film d’Etan Coen. D’abord, concrètement, Drive-Away Dolls ne raconte rien. On suit le pseudo road trip (sans saveur, alors que c’est l’un des poncifs cinématographiques les plus riches) de deux amies qui embarquent par erreur la malette d’un malfrat, mais le côté gangster du film passe très vite à la trappe et ne réussit jamais à imposer la moindre puissance au récit. Le jeu des actrices principales est assez mauvais, surtout celui de Margaret Qualley (que j’aime beaucoup ailleurs, comme dans Maid, par exemple), avec un faux accent du sud tout simplement catastrophique. La fin est bâclée, inintéressante, et mal amenée, et la photo est sans grand intérêt. Bref, on dirait une sorte d’hommage raté à ce qu’a pu être un jour le cinéma des frères Coen, mais insipide et remâché pour plaire à une communauté queer (dont le réalisateur a probablement tout appris sur une page Wikihow vu la lourdeur du film à ce sujet). Next !
L’Amour Ouf de Gilles Lelouche

En réalité, je n’attendais pas grand chose de L’Amour Ouf, car ça fait un moment que je me désintéresse du travail de toute cette petite bande glamour du cinéma français, composée du trio Quenard-Civil-Lellouche (et qu’Adèle Exarchopoulos a rejoint à mon plus grand dam), mais le titre et la promesse me donnaient quand même envie de le voir. Sans grande surprise, le film était tout sauf ouf, explosif, ou révolutionnaire. Sous couvert de livrer une grande fresque amoureuse au romantisme assumé, façon Roméo et Juliette, Lellouche se vautre dans les pires clichés sur l’amour, et l’assimile, une fois de plus, à la maltraitance, à la violence et au mensonge. Le casting adulte est assez terrible : je n’ai pas cru une seule seconde à François Civil en ex-taulard (quel supplice) ni à Adèle Exarchopoulos en jeune femme paumée (sa tirade à son futur mari… second-hand embarassment au max, mais ce n’était rien comparé à son monologue final dans le supermarché). Est-ce qu’on peut faire un effort et caster des adultes qui ont la même couleurs d’yeux que leurs personnages enfants, peut-être ? Ou leur mettre des lentilles ? Kristen Stewart a porté des lentilles sur le tournage des cinq épisodes de Twilight par cohérence avec le roman, pour rappel, et je ne pense pas que L’Amour Ouf soit au dessus de Twilight. Certes, la photographie du film est léchée, mais ça ne suffit pas à faire oublier la vacuité de ce que l’on nous raconte. Le seul point positif pour moi reste la bande-son, qui offre un très beau moment sur « The Forest » de The Cure, et je tire aussi mon chapeau à Vincent Lacoste, mais le reste était vraiment vieillot, vu et revu et pas très savoureux. Dommage.
Anora de Sean Baker

J’ai adoré de tout mon être The Florida Project et Tangerine, et je m’attendais assez logiquement à être ravie par ce nouveau film (la Palme d’Or de cette année ! Mickey Madison !), mais non. Si je me suis beaucoup amusée pendant la première partie du film, et que j’ai trouvé très réussie cette réécriture glam-trash et réaliste de Pretty Woman, le malaise a commencé lors du deuxième acte. La volonté de Sean Baker de construire et de creuser ces personnages d’hommes de main comique était 1) un peu too much 2) clairement une sorte d’hommage assez mid au film de gangster à la Scorsese ou à la Uncut Gems et 3) pas très intéressante pour l’intrigue.Le film bascule ouvertement dans un genre de comédie plus potache, et le changement d’unité temporelle -on passe de quelques mois condensés en à peine une heure à 24h étalées sur une heure et demi- n’a pas fonctionné sur moi. Le vrai problème, cela dit, reste probablement le personnage d’Igor et l’arc narratif développé entre lui et Ani. Pourquoi le besoin de construire ce malfrat au grand coeur qui veut à tout prix s’attirer les bonnes grâces d’Anora et être gentil avec elle ? Pourquoi avoir fait coucher Anora avec lui à la fin ? Pourquoi, mais pourquoi, avoir inséré cet espèce d’échange pseudo comique entre eux autour du viol ?

Au bout de ce troisième film consacré au travail du sexe (après une pause pour parler du porno), je pense aussi qu’il est important que l’on commence collectivement à interroger la façon dont Sean Baker, enfant de prof et d’avocat passé par une université privée, NYU et la Tish Academy, s’est spécialisé dans l’histoires de communautés marginalisées, et plus particulièrement, dans celle des TDS. Si j’adore son travail et que je reste évidemment persuadée que tout le monde peut s’emparer de sujets sociaux loin d’eux, en s’entourant de personnes concernées et en se documentant correctement, je commence à me poser des questions face à l’obsession d’un cinéaste (décrit par la presse comme l’archétype « du réalisateur masculin digne de confiance ») à parler de ce sujet de façon répétitive… Alors même que son actrice principale sur ce film clame fièrement avoir décliné l’offre de Baker d’être accompagnée par un coordinateur d’intimité (des coordinateurs d’intimité ont réagi à cette déclaration en rappelant que la présence de ces professionnels devrait être obligatoire et non proposée aux acteur.ice.s, qui peuvent se sentir incité.e.s à dire non). Les films de Baker sont importants, et je comprends l’envie d’offrir de la représentation aux TDS, mais Anora, qui échoue selon moi à proposer un regard vraiment intéressant sur le vécu de son héroïne et reste très loin des sommets d’intelligence qu’offrait Tangerine, témoigne de l’épuisement de ce sujet par le réalisateur et son basculement dans le Cannes-service (qui, soyons honnête, lui pendait au nez). Et je me demande : quand Sean Baker aura fini de créer des films faussement subversifs qui permettent aux festivals de s’auto-congratuler sur leur ouverture d’esprit lorsqu’ils les récompense, et qu’il voguera vers d’autres pâturages, qui racontera l’histoire de ces femmes ? Un autre homme blanc et de classe moyenne, sans doute.
Nobody Wants This de Lindsay Golder

Quand j’ai entendu parler de Nobody Wants This, je me suis précipitée dessus parce que j’adore Kirsten Bell depuis Veronica Mars et que je suis toujours heureuse de la retrouver à l’écran, surtout aux côtés d’un acteur comme Adam Brody. Le premier épisode m’a vraiment emballée : je trouvais le format court efficace, l’alchimie entre les acteurs palpable, et j’aimais beaucoup l’idée d’explorer les différences religieuses au sein d’une relation naissante. J’ai eu de véritables frissons de plaisir sur les notes de « You and I » de LEON, une artiste que j’aime beaucoup, et sur celles de « See Her Out » de Francis And The Lights pour le premier baiser de nos héros (et quel baiser mes ami.e.s ! Quel baiser ! J’en frémis encore).
Malheureusement, à partir de là, la série a dégringolé dans mon estime. Les épisodes suivants peinent à conserver le rythme très efficace des deux premiers et basculent dans un ton comique un peu gaggesque, qui ôte à la série la crédibilité émotionnelle de ses débuts. Surtout, je n’ai pas eu l’impression de regarder une oeuvre sur la religion et l’amour, mais plutôt sur la quête désespérée d’une trentenaire prête à tout pour faire fonctionner sa relation avec le premier inconnu un peu charmant qu’elle rencontre… Et c’était affreusement douloureux. Plusieurs fois, j’ai cru que la série allait réussir à bifurquer et à aborder franchement son véritable sujet (le peu d’estime que Joan a pour elle-même), comme lors de sa dispute avec sa soeur, mais finalement, le récit évacue très vite ces tensions pour repartir dans une ambiance romcom à tout prix. L’écriture des personnages féminins est finalement assez déplorable (le personnage de Rebecca ne connaît jamais de véritbale rédemption et reste cantonnée au rôle de la méchante rivale), et tout est constamment pardonné à Noah, un héros quand même relativement auto-centré et égoïste, qui ne prend pas vraiment note de tous les efforts que sa compagne déploie et n’offre pas grand chose en retour.
J’ai trouvé aussi fort dommage qu’à aucun moment, Nobody Wants This n’ait le courage d’appeler un chat un chat et de décrire la famille de Noah pour ce qu’elle est vraiment : un clan excluant, qui pratique une vision très conservatrice du judaïsme. Par peur des accusations d’antisémitisme, la série rate l’opportunité d’émettre une vraie réflexion critique sur certains aspects de la religion juive (rien d’étonnant vu l’ambiance à Hollywood en ce moment), et c’est vraiment dommage, car ça aurait pu être l’occasion de parler intelligemment de sujets importants, comme la tolérance, la différence et la coexistence religieuse. Bref, j’ai eu l’impression de voir une histoire d’amour déjà écrite mille fois, avec une fin en grande pompe qui n’excuse ni ne rattrape le mauvais traitement que subit constamment Joan durant toute la série… Curieuse de voir ce que la saison 2 aura à offrir.
Poor Things de Yórgos Lánthimos

J’ai déja écrit beaucoup de chose sur Poor Things, un film que j’ai trouvé profondément dérangeant et féministe-baiting. Je vous redirige vers le post qui condense mon analyse, mais globablement, j’ai trouvé que la notion de consentement, tout particulièrement chez les enfants, était très, très problématique, et cette fausse histoire sex-positive inintéressante et creuse. Pour moi, le film veut surfer sur la vague du cinéma post-Me Too en construisant une héroïne soit-disant émancipée, mais n’a pas compris grand chose à ce qu’est la sexualité féminine.
Diamant Brut,

Idem, j’ai déja expliqué ce qui me dérangeait dans ce film très « bourgeois gaze » ici ! Pétition pour que les cinéastes bourgeois soient obligés d’embaucher des personnes issues des milieux qu’iels filment à des postes clés comme scénaristes, DOP et producteur.ice.
Radical Optimism de Dua Lipa

Concluons cette liste des oeuvres qui m’ont déçue cette année par l’album de notre bien aimée Dua Lipa, reine de la pop cool depuis Future Nostalgia. Après avoir teasé son nouveau projet pendant des mois de façon très chaotique (esthétique ballet dancer, puis hop, retour à la plage), Dua Lipa a finalement dévoilé un album à l’image de sa promo bordélique et sans vraie direction artistique. Troisième album fourre-tout, Radical Optimism n’est pas vraiment radicalement optimiste, et fait une sorte de va et vient permanent entre une relation qui se termine et une autre qui commence, si bien qu’on ne comprend pas vraiment ce qu’il raconte, et qu’on a juste l’impression que Dua nous ressort ses fonds de tiroir du studio. A posteriori, le single « Houdini » (qui ne m’avait pas totalement emballée au moment de sa sortie) reste probablement le titre le plus solide, et j’ai aussi beaucoup aimé « How Long », sur lequel la chanteuse s’époumone joyeusement, mais à part ça ? Rien. Radical Optimism est apparu dans nos vies tel le soleil du mois de mai pluvieux qui l’a vu naître -pas assez chaud, tristement fragile, et il s’est fané aussi vite qu’il a éclot. Espérons que le prochain album sera un peu plus conséquent…