Février : seasonnal depression but make it sexy

Ce mois-ci, je suis revenue à la vie grâce à quelques grandes épopées sexy et à une chouette réflexion sur l’amitié fille-garçon.

Février est le mois que je déteste le plus, et cette année, il était particulièrement rude. J’ai beau être une fall lover et aimer mon canapé, ma bouillotte et mes tisanes, tous les ans, en février, j’en viens à redouter les réveils, face à l’éternel ciel bas et lourd qui pèse comme un couvercle… (Le poème de Baudelaire me hante particulièrement dans ces moments là.) Est-ce donc ça, la dépression saisonnière ? Peut-être, et je n’y ai pas encore trouvé de remède, à part les moments précieux passés avec des ami.e.s et le rush de dopamine que peut parfois nous apporter l’art, quand il est audacieux et excitant. Fort heureusement pour moi, le mois de février était propice aux découvertes sensuelles.

🎞️ Wuthering Heights en images et en musique

Si vous me suivez un peu sur les réseaux sociaux, vous avez probablement déja compris que j’ai passé un bon moment devant Wuthering Heights d’Emerald Fennell. Si vous voulez m’entendre prêcher ma paroisse, vous pouvez lire mon article pour Trois Couleurs consacré aux adaptations littéraires des grands classiques, ou mon post sur  la réception particulièrement méprisante du film en France. 

Loin de moi de refaire le match ici, mais simplement de dire que si j’ai aimé Wuthering Heights, c’est aussi parce que, au creux de mon mois de février particulièrement déprimant et terne, l’intensité du film m’a fait l’effet d’un électrochoc salvateur. A la fin de l’année dernière, je vous parlais de mon film préféré de 2025, Partir un jour, et je concluais ma critique en me demandant à quoi sert le cinéma, si ce n’est à nous donner envie de courir vite en chantant très fort (oui, je m’auto-cite).

C’est une fois de plus la pensée qui m’a traversé l’esprit devant l’adaptation d’Emerald Fennell, qui m’a complètement électrisée -non pas pour son érotisme, que j’ai trouvé au final assez tiédasse, mais par son parti pris explosif et sa fièvre esthétique. En regardant les images aux allures de clip défiler à toute vitesse sur fond des pulsations de Charli XCX, je me suis dit : heureusement que le cinéma existe pour nous réanimer quand on se sent mort.e à l’intérieur. Rien que pour ça, j’ai adoré le film. Mon conseil pour survivre en attendant le printemps se résume donc à ça : trouvez le film qui vous donne envie de vivre un peu plus fort, et regardez-le sur grand écran autant de fois qu’il le faudra. 

Soit dit en passant, j’insiste sur le fait que Wuthering Heights, le film, doit beaucoup à Wuthering Heights, l’album. J’ai d’emblée adoré l’idée que Charli XCX s’immerge suffisamment dans l’atmosphère des landes pour en tirer non pas un morceau mais un disque entier, signe pour moi qu’elle a tout à fait compris le principe d’errance et de hantise qui sous-tend le roman d’Emily Brontë. 

Outre la qualité des morceaux (qui assurent une transition parfaite à brat et nous rappellent la versatilité de la pop star britannique), j’ai aimé le fait que Charli XCX ait suffisamment rongé l’os de l’intrigue pour en tirer douze chansons différentes, à déchiffrer comme douze facettes complémentaires de notre rapport à l’oeuvre : les fantômes maudits (“House”), l’attraction magnétique et inévitable (“Wall of Sound”), le désir comme dévotion (“Dying For You”, “Altar”, “Out of Myself”), la haine de l’autre (“My Reminder”)… C’était une façon vraiment maline de rehausser le film de Fennell, qui ne serait en réalité pas ce qu’il est sans cette bande son irrévérencieuse et anachronique. J’étais très contente de pouvoir prolonger l’expérience et d’emporter un petit bout de l’intensité de cette proposition partout avec moi, dans mes écouteurs.

📺 Heated Rivalry

apparemment, we’re not over bad boys yet

Mais passons à la vraie découverte sexy de ce mois-ci : la série Heated Rivalry, dont j’avais beaucoup entendu parler en décembre mais dans laquelle je ne me suis lancée que récemment. Et quel périple ! On a beaucoup parlé de sa mise en scène maline de la sexualité, et j’aimerais apporter ma pierre à l’édifice en confirmant que oui, cela faisait très longtemps que je n’avais pas été aussi convaincue par l’alchimie de deux personnages à l’écran. Evidemment, le fait que les deux héros soient taillés comme des mannequins Abercrombie de l’an 2011 aide, mais globalement je dirais que Heated Rivalry comprend de façon très intuitive que ce qui est sexy, ce n’est pas la nudité ou le kink, mais bien l’obsession que l’on peut avoir pour l’autre, et la vulnérabilité qui découle d’un dialogue aussi intime, par-delà les gestes ou la performance.


C’est aussi très intéressant de savoir que cette vision éminemment incarnée de la sexualité découle en réalité de l’univers de la fanfiction, un genre littéraire qui a vraiment fait beaucoup pour le déploiement du désir à l’écrit (cet excellent article de Vulture détricotait les liens de la série avec les yaoi imaginés par les fandoms féminins depuis des années). Je me rappelle moi-même comme si c’était hier de la fanfic Wattpad Larry de plus de cent chapitres que j’avais dévoré à 17 ans, sur un vol en avion de douze heures, en rentrant de vacances. C’était super chouette de voir cette intensité un peu kitsch -mais finalement très crédible- prendre vie sur mon écran, dix ans plus tard. 

Je trouve cependant que la série brille pour son écriture par delà le sexe, et slalome avec une aisance admirable entre les gros écueils de ce type de productions dites adolescentes ou horny. Le rythme, qui raccorde plusieurs fragments épars et étalés sur plusieurs années, était excellent, et servi par des idées de mise en scène vraiment géniales. J’ai été très émue par la déclaration d’amour bilingue entre Ilya et Shane, et je suis encore hantée par la scène du club de l’épisode 4, dans laquelle les showrunners n’ont pas eu peur de faire durer le moment et de passer back to back deux versions de “all the things she said” (l’originale de t.a.t.u et un remix de Harrison). This is camp, baby !

Le traitement du coming out, de la bisexualité, des personnages féminins (coucou Rose et Svetlana) était aussi vraiment fin, jamais cruel gratuitement, ce qui était un point très appréciable ; pour la première fois depuis des années, j’ai eu l’impression de voir une série qui parlait d’homosexualité et pas juste une production qui remplissait des quotas de diversité. J’ai hâte de voir à quoi ressemblera la saison 2 (mais vu qu’elle arrive dans plus d’un an, l’excitation a le temps de retomber).

🎞️ Du slutshaming et de l’amitié fille-garçon

Autre grand moment de mon mois de février : j’ai eu la chance d’être jury presse sur le festival Regards Satellites (je parle de certains de mes visionnages préférés ici), ce qui m’a donné la chance de découvrir ce qui va probablement rester l’un de mes films préférés de l’année, Une année italienne de Laura Samani. La réalisatrice y raconte l’arrivée de Fred, une jeune fille suédoise, dans une classe de terminale technologique en Italie, où il n’y a que des garçons. Vite sursexualisée et harcelée, Fred trouve néanmoins refuge dans son amitié avec un trio de copains -Pasini, le beau parleur de la classe, Antero, le littéraire sensible et Mitis, la force tranquille. Les choses se compliquent lorsqu’il devient évident que Fred est attirée par l’un d’eux.

L’air de rien, Une année italienne s’est attaqué à un sujet qui m’a toujours travaillée mais que je n’avais jusqu’à présent jamais vu sur grand écran : la violence de l’amitié fille-garçon à l’adolescence. Si on entend souvent que cette dernière n’existe pas car elle est forcément toujours intéressée (cf le monologue très connu de Billy Crystal dans Quand Harry rencontre Sally) et que beaucoup de films ont souscrit à cette théorie en mettant en scène des amitiés amoureuses, on parle encore peu de la façon dont les liens amicaux entre filles et garçons sont aussi abîmés par le sexisme et la solidarité masculine, qui rendent compliquée toute forme d’intimité entre les genres. 

Par petites touches, Laura Samani questionne très justement ce qui se joue pour les (jeunes) filles dans ces espaces de sociabilité : la façon pour intégrer une bande de mecs (toujours perçue comme joyeuse et insouciante), les filles doivent d’abord devenir l’un d’entre eux, avec ce que ça suppose de dévalorisation des marqueurs de la féminité… Un processus d’acculturation qui ne les protège en réalité jamais de l’exclusion, puisqu’à la moindre difficulté (entendez : à la moindre ambiguïté ou au moindre refus de faveur), elles sont immédiatement renvoyées à leur genre, et que leurs amis masculins n’hésitent pas à retourner contre elles toute la violence du patriarcat.

Les garçons choisissent-ils toujours les garçons au bout du compte ? Est-il possible de penser des amitiés mixtes sans violences, sans sexisme, sans inégalités ? Pour ma part, je n’y crois malheureusement plus. A l’âge de 28 ans, je fais ainsi souvent ce triste constat : moi qui faisait partie intégrante de groupes masculins durant mon adolescence et qui ai partagé des moments d’amitié extrêmement forts et, je le crois, sincères, avec des garçons, je n’ai plus d’amis cishet aujourd’hui (sauf un, qui est très chouette et qui se reconnaîtra peut être s’il passe par là). 

Aucun de mes copains du lycée n’a résisté à l’épreuve du temps et à mes demandes d’être mieux traitée (sans inconsistance, sans mauvaise blague, sans dévalorisation constante, sans slutshaming) ; ils ont simplement continué d’être, toujours dans les mêmes bandes joyeuses, mais sans moi. D’autres filles sont venues et reparties depuis, peut-être avec la même sensation de trahison et d’abandon que moi, ce qui me pousse à me demander si les femmes peuvent vraiment se faire une place digne de ce nom dans ces milieux masculins, par delà leur statut de “copine de”, de “femme de”, d’ “ex de”, et à m’interroger sur ce que les garçons doivent s’engager à nous offrir en amitié pour que cela puisse fonctionner durablement. C’est encore une source de profond chagrin aujourd’hui, et je crois que je n’avais pas réalisé à quel point j’avais besoin de voir le cinéma s’emparer du sujet avant de me reconnaître dans les péripéties de Fred et de ses compagnons. Le film sort le 10 juin au cinéma !

J’ai aussi aimé :

  • L’album de The Secret Sisters, Mind, Man, Medecine
  • les playlists de Club Carter Radio sur Youtube
  • l’essai Mangeuses. Histoire de celles qui dévorent, savourent ou se privent à l’excès de Lauren Melka

Et vous, quels étaient vos coups de coeur et vos obsessions du mois de février ?